Vape shops : un rôle essentiel et non substituable

A l’heure où le réseau des buralistes s’apprête à investir le marché de la vape, une étude britannique met l’accent sur l’importance du rôle des boutiques spécialisées, notamment en matière de conseils, de disponibilité, d’espace convivial exempt de tabac, le tout sur fond de professionnalisation validée par l’expérience.

Financée par le Cancer Research UK Tobacco Advisory Group, cette étude met une nouvelle fois le Royaume-Uni à l’honneur dans l’attention qu’il porte à explorer et exploiter la vape dans la lutte anti tabac. Avec pour objectif de répondre à la question « Quel est le rôle de l’environnement des boutiques spécialisée dans l’abstinence tabagique ?», les chercheurs ont suivi, y compris en observation sur le terrain, 40 candidats au sevrage et six boutiques tout en s’appuyant sur les conclusions de plusieurs études antérieures.

“Les boutiques de vape ont un rôle important d’expert par expérience en aidant les fumeurs à cesser de fumer. Différents magasins peuvent faire appel à différents groupes de fumeurs et de vapoteurs, et peuvent éventuellement encourager ceux qui n’ont pas l’intention d’arrêter de fumer à le faire. Pour beaucoup, les boutiques de vape sont une source de conseils et de soutien facile d’accès et non médicalisée. Cependant, certains vapoteurs utilisant des e-cigarettes principalement à des fins médicinales et certaines utilisatrices trouvent que les boutiques de vape peuvent être intimidantes. Pour certaines communautés, l’accès à des boutiques réputées peut être plus limité que dans les zones où les recherches ont été effectuées (les communautés les plus pauvres sont désavantagées car elles ont moins accès à des boutiques de vape réputées et à des produits de qualité). Les recherches futures pourraient envisager d’évaluer le travail conjoint entre les services de lutte contre le tabagisme et les boutiques, afin d’aider les fumeurs à atteindre et à maintenir le sevrage tabagique.”

Telle est la conclusion de l’étude mais une lecture attentive permet de mettre en relief des situations que nous connaissons également en France et qui démontrent non seulement l’importance du rôle des boutiques dans la réduction des risques liés au tabagisme, mais aussi l’émergence d’un nouveau métier qui mérite amplement que les autorités lui accordent leur attention à défaut de lui reconnaître ses lettres de noblesse. Voyons le détail.

 

Au niveau individuel : Assurer une configuration de vape satisfaisante et fonctionnelle

L’abstinence au tabagisme a été soutenue par la volonté des conseillers-vendeurs* à comprendre les préférences des clients en matière de tabagisme, ceci afin d’adapter les conseils au produit le plus approprié et d’offrir un point de contact permanent pour une aide pratique, tant sur un soutien technique que psychologique pour réduire le risque d’abandon.

  • La plupart des fumeurs n’ont pas réussi à s’abstenir avec leur premier matériel car il ne fournissait pas suffisamment de nicotine ou ne fonctionnaient pas correctement en raison d’une erreur de l’utilisateur ou d’un dysfonctionnement. Les boutiques sont en mesure d’offrir un soutien garantissant une configuration de vape satisfaisante et un support continu pour régler les problèmes de fonctionnement.
  • Le large choix de produits est un problème pour de nombreux vapoteurs qui se sentent dépassés. Pour quelques-uns, cela a été un obstacle à essayer la cigarette électronique. Pour faciliter le choix, les magasins différencient leurs matériels dans des catégories «débutants», «intermédiaires» et «avancés». Cependant, le soutien verbal et les conseils personnalisés semblent plus utiles pour aider les fumeurs à bien s’équiper.
  • “[Le vendeur] a pris le temps de me poser des questions pertinentes comme «quand tu fumes tes cigarettes, inhales-tu directement dans les poumons ou gardes-tu la bouffée dans la bouche avant d’inhaler ? Ces questions sont vraiment très importantes pour obtenir le bon type d’e-cigarette, parce que si vous vous trompez, cela ne répondra pas au besoin et vous risquez de recommencer à fumer.”
  • Pour ce qui concerne la teneur en nicotine, la plupart des magasins recommandent du 3-6 mg à ceux qui fument jusqu’à 10 cigarettes, du 6-12 mg/ml pour 10-20 cigarettes par jour et du 18 mg/ml pour 20 et + cigarettes fumées par jour. Les vapoteurs apprécient cette approche qui comble le fossé entre leur habitude de fumer familière et leur nouvelle habitude de vape, en leur offrant l’assurance que leurs besoins en nicotine seront satisfaits : “La vendeuse nous a demandé plus de détails sur notre histoire de tabagisme que la clinique de sevrage tabagique. Elle a identifié ce que nous fumions à ce moment-là, combien nous fumions, et ensuite nous avons regardé différentes forces des saveurs qui nous conviendraient le mieux. Elle m’a recommandé de commencer avec un liquide à 18 mg de nicotine.”
  • Il est important de disposer d’une autonomie suffisante à ses besoins et de prendre le temps d’expliquer comment utiliser et entretenir les appareils. “[Le magasin] a été utile pour trouver quelque chose d’utilisable et fiable, en l’occurrence une grosse batterie pour ne pas avoir à la recharger constamment et éviter de se retrouver en panne.”
  • Tous les magasins disposent de dépliants sur la sécurité des batteries. Un vendeur de magasin explique qu’«ils re-wrap les batteries gratuitement et qu’ils fournissent toujours des protections et des étuis car ils veulent que le vapotage soit aussi sûr que possible». Ce souci de sécurité semble provenir d’une volonté réelle de sécuriser le vapotage des clients, mais aussi de protéger la réputation de la vape contre les reportages négatifs des médias : «les managers sont très soucieux de la sécurité et pensent que les gens qui ne prennent pas les précautions appropriées donnent une mauvaise réputation à la vape”.
  • Le goût de la cigarette électronique a été ressenti par presque tous les vapoteurs comme étant plus agréable que le tabac. Pour beaucoup de vapoteurs c’est la principale raison de leur abstinence prolongée au tabac, ce qui a été confirmé par les conseillers-vendeurs. De nombreuses saveurs différentes sont disponibles et peuvent être testées, le personnel des boutiques sachant rendre les saveurs excitantes en fournissant une description vivante.
  • Le service client dans la plupart des magasins observés était attentionné et serviable. Cependant, certains vapoteurs ont eu de mauvais services et conseils. Ceci est principalement lié à une information insuffisante sur le produit et à des magasins axés sur la vente.
  • Magasins et vapoteurs ont souligné l’importance d’un soutien continu pour garantir un état de bon fonctionnement à long terme et aider les clients qui ont des difficultés, notamment pour changer de résistances ou sur des petits dépannages mais également sur le réajustage du taux de nicotine. Quand il y a rechute, “c’est généralement le stress ou la consommation d’alcool. Nous pouvons aider en conseillant d’utiliser plus le vaporisateur ou de monter le taux de nicotine”.  

 

Au niveau structurel : Rendre le vapotage accessible et abordable

La présence de vape shops dans les environnements quotidiens a normalisé le vapotage qui apparaît comme un risque socialement acceptable et un faible risque pour la santé, incitant ainsi les fumeurs à essayer les cigarettes électroniques.
Les boutiques ont de leur côté assuré un accès facile à des produits perçus comme étant de bonne qualité par les clients. Elles se sont adaptées aux changements législatifs et peuvent fournir un soutien comportemental efficace aux fumeurs qui souhaitent arrêter le tabac.
Les consommateurs apprécient l’environnement non médicalisé et le soutien offert dans les magasins par des “experts d’expérience”. Néanmoins, une collaboration entre les boutiques et les professionnels de la santé pourrait être particulièrement utile et pourrait augmenter les taux de réussite, notamment en évitant de diriger les clients vers des magasins offrant un service à la clientèle médiocre et des conseils inappropriés axés uniquement sur les ventes. Certaines formations sur le sevrage tabagique pour le personnel pourraient être bénéfiques. [ndlr : sur ce point, la France avance bien, notamment avec les formations dispensées par Jacques Le Houezec mais également par la prochaine création d’un institut de formation Fivape ou encore la collaboration avec le Respadd et autres associations]

  • Presque tous les vapoteurs interrogés considèrent le coût réduit du vapotage par rapport au tabagisme comme un avantage clé. Les magasins ont renforcé ce message au moyen d’affiches décrivant le coût du vapotage et du tabagisme. “Même si les fumeurs ne sont pas sûrs d’aimer la vape, s’ils voient ou entendent qu’ils économisent de l’argent, ils sont susceptibles de continuer.”
  • Les vapoteurs «achètent souvent en ligne, là où c’est moins cher». Cependant, contrairement aux boutiques en ligne, les boutiques physiques offrent un accès instantané aux consommables essentiels, ce qui peut être crucial dans la prévention d’une rechute.
  • La TPD a apporté des défis commerciaux aux boutiques, comme s’assurer que les stocks étaient conformes. De plus, le personnel a dû expliquer la législation aux clients quelque peu déroutés voire mécontents et contrariés par le fait que les produits non conformes n’étaient plus disponibles. En réaction aux restrictions sur la contenance des flacons d’e-liquides, certains vapoteurs ont étudié la possibilité de fabriquer leur propre liquide pour éviter l’augmentation du coût d’achat. Certaines boutiques ont adopté la tendance du DIY en fournissant un soutien et des conseils continus. Il est apparu dans l’ensemble, que la plupart des boutiques s’étaient adaptées aux changements législatifs.
  • Le soutien traditionnel au sevrage tabagique n’est pas perçu comme le principal rôle des boutiques par le personnel ou les vapoteurs. Pourtant, les boutiques exposent les avantages pour la santé du passage à la cigarette électronique. Certains conseillers-vendeurs étaient intéressés par la recherche et ont, par exemple, mentionné le rapport publié en 2015 par Public Health England en relayant la conclusion selon laquelle «les cigarettes électroniques sont environ 95% plus sûres que le tabac».
  • La plupart des boutiques sont prêtes à travailler plus étroitement avec les professionnels de la santé. Presque tous les vapoteurs participants souhaitent que le National Health Service promeuve l’utilisation de la cigarette électronique, y compris en donnant plus d’informations aux généralistes. Fait intéressant, environ un tiers des vapoteurs interrogés prévoyait d’arrêter d’utiliser des cigarettes électroniques.

 

Au niveau interpersonnel : Création d’une expérience de “vape sociale” partagée

Les boutiques proposent un service aimable et convivial, l’occasion de socialiser et de renforcer une identité d’appartenance à un groupe communautaire. Elles créent un environnement relaxant, bien qu’il puisse être perçu comme intimidant pour les nouveaux utilisateurs et les femmes.

  • La plupart des conseillers-vendeurs sont amicaux et s’intéressent personnellement à leur client, mais ils sont aussi sensibles à ceux qui semblent pressés ou qui ne veulent pas discuter. Cette approche inclut «tous les types de vapoteurs, des débutants aux passionnés» et semble logique sur le plan commercial pour le personnel conscient de l’importance de fidéliser les clients à long terme. Cela a également profité aux vapoteurs en développant la confiance et les relations avec les conseillers-vendeurs voués à apporter un soutien continu pour prévenir de futures rechutes.
  • Certains vapoteurs restent en boutique et utilisent le vaporisateur comme une occasion de socialiser et de se détendre. La majorité des boutiques ont un intérieur semblable à celui d’un «café» avec des tabourets de bar au comptoir, des chaises et des canapés, une machine à café pour encourager les clients à rester plus longtemps et à discuter de choses et d’autres. Ce sens de la communauté pourrait aider les personnes qui abandonnent leurs habitudes, et pourrait être particulièrement attrayant pour ceux qui apprécient l’aspect social du tabagisme. En revanche, une boutique dotée “d’une atmosphère familière de magasin classique” pourrait être plus attrayante pour ceux qui n’ont besoin que d’un accès aux produits et pourrait être moins intimidante pour les nouveaux consommateurs.
  • Pour ceux qui vapent à la fois pour remplacer le tabac mais aussi par passion, passer du temps dans une boutique avec des personnes partageant les mêmes idées renforce leur identité de vapoteur et le sentiment d’appartenance à un groupe. Pour d’autres, la culture de vapotage présente dans les boutiques est perçue comme étrange et non pertinente.
  • Les boutiques observées semblent être en grande partie des territoires masculins doté d’un intérieur «masculin» avec des couleurs dures et des finitions en métal. Tous les membres du personnel étaient des hommes, et de loin la majorité des clients qui restaient pour vaper et discuter étaient des hommes : «A ce stade, la boutique ressemble beaucoup à un pub traditionnel avec des hommes plaisantant et discutant du matériel et du vapotage”. Une petite minorité de vapoteuses a mentionné leur sexe comme une raison pour ne pas se sentir confiante dans les magasins de vapotage.

 

* Le terme de conseiller-vendeur ne ressort pas de l’étude britannique. Il a été préféré dans cet article parce qu’il reflète mieux la réalité du statut du personnel de boutique.    

 

Source : A Qualitative Exploration of the Role of Vape Shop Environments in Supporting Smoking Abstinence
Emma Ward, Sharon Cox, Lynne Dawkins, Sarah Jakes, Richard Holland and Caitlin Notley
http://www.mdpi.com/1660-4601/15/2/297/htm

Magali EGLER - Chargée de communication, le 15 mars 2018
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